| Juin 2012 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | ||||||||
| 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | ||||
| 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | ||||
| 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | ||||
| 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | 30 | |||||
|
||||||||||
Puisque les feux de l'actualité ne sont plus "branchés" sur lui, quelques éléments historiques pour lutter contre notre monde a-culturel
La constitution Mossi :
Les Mossi, venus du sud vers le XIIIème siècle, occupent toute la partie orientale de la Haute-Volta, au nombre de 1 700 000. Ils forment 4 royaumes,
dont les souverains descendent tous du fondateur, et dont le principal est, au centre, celui de Ouagadougou, l'Empire du Morho-Naba.
La monarchie Mossi est constitutionnelle. L'empereur, le Moro Naba, sort héréditairement de la famille du Moro Naba défunt (XIème siècle
probablement), mais sa désignation n'est pas automatique.
Il est choisi par un Collège électoral de quatre dignitaires, présidé par le Premier ministre, le togo naba, comme en Ethiopie. Il est
effectivement investi par ce dernier qui, pourtant, n'est pas un noble (un Nakomsé), mais sort d'une famille ordinaire : il est, en réalité, le représentant du peuple, de l'ensemble des hommes de
condition libre, des citoyens qui composent la nation Mossi.
L'empereur est assisté, au plus du Premier
ministre, de trois autres : le rassam naba, le baloum naba, le kidiranga naba. Chacun deux administre une région en plus de ses fonctions plus ou moins spécialisées. Après le Premier ministre
vient, dans l'ordre d'importance, le chef des esclaves de la couronne (rassam naba). Il est également Ministre des finances, gardien du Trésor, des objets précieux : cauris, bracelets... Il est
l'exécuteur des hautes oeuvres : en l'occurrence, il procède à la mise à mort des condamnés. Il est le chef des forgerons et les commande par l'intermédiaire du saba naba. Donc, bien que
d'origine esclave, le rassam naba règne sur des hommes de condition libre, administre des citoyens de plein droit. On retrouve la même pratique chez les Walaf du Cayor Baol et les Sérères du Sine
Saloum au Sénégal.
Le baloum naba vient en troisième rang; il est le Maire du Palais, chergé d'introduire les ambassadeurs et les visiteurs de marque.
Le kidiranga naba, chef de la cavalerie, sort de trois familles mossi ordinaires.
Le rassam naba sort toujours de la même famille esclave.
Ainsi donc les ministres qui assistent l'empereur, au lieu d'être des ressortissants de la noblesse, sont choisi systématiquement en dehors de
celle-ci, parmi le bas peuple et les esclaves. Il représente, ainsi qu'on le verra mieux, les différentes catégories sociales, les différentes professions, les différentes castes, auprès du
trône. Les sans-naissances, les esclaves, les travailleurs laborieux, organisés en professions (la caste), au lieu d'être tenue à l'écart du pouvoir en cette période qui s'étend jusqu'au delà du
Moyen âge occidentale (puisque, vraisemblablement, on peut remonter jusqu'au Ier siècle avec la fondation du Ghana) y sont associés, non d'une façon symbolique, mais organique. Chaque profession
a ses mandataires au sein du gouvernement ; ils sont chargés de présenter, le cas échéant, ses doléances. Tel est l'esprit de cette constitution ; pour en saisir l'originalité il faudrait
supposer, au plein Moyen-Age occidentale (1352-1353), non pas un seigneur provincial quelconque, mais le roi de France ou d'Angleterre, associant au pouvoir, avec voix délibérative, les serfs de
la campagne, attachés à la glèbe, les paysans libres, les artisans des villes groupés en corporations, les commerçants. En plus de tout cela, supposer l'existence d'une tradition selon laquelle
le roi, dans le cadre d'une monarchie déjà constitutionnelle, ne peut régner, n'a d'autorité morale et politique aux yeux du peuple que s'il est investi par un bourgeois choisi lui aussi, dans
une ou quelques familles traditionnellement déterminées.
Le caractère non absolu de la monarchie est révélé par le fait qu'une fois investis, les ministres ne peuvent pas être révoqués par le
roi.
Au dessous des ministres se situent des serviteurs de toutes catégories, fonctionnaires et chefs d'armée. Le samandé naba est le général d'infanterie: il
n'a pas le droit de monter à cheval car, d'origine esclave, le cheval est une monture trop noble pour lui; pourtant, dans certains cas, il peut remplacer le Premier Ministre. Le kom naba est le
chef des soldats d'origine esclave; il ne peut commander les soldats de condition libre.
Constitution du Cayor :
A l'apogée de la puissance du Ghana, c'est à dire probablement du IIIème au Xème siècle, l'Afrique tropicale jusqu'à l'océan Atlantique était sous sa
dépendance. Le Cayor, selon toute vraisemblance, est une ancienne province du Ghana qui, en tout cas au XVIème siècle, au moment où l'auteur du Tarikh es-Soudan rédigeait son ouvrage, s'était
déja émancipée en un royaume autonome, indépendant de celui du Djoloff et ayant un Damel à sa tête.
Le Conseil de la Couronne habilité à élire ou à désigner le nouveau Damel était composé de la façon suivante :
Le Lamane Diamatil, le Botal ub Ndiob et Le Badié Gateigne : représentants des hommes libres, hommes de caste ou sans caste
L'Eliman de MBalle, le Sérigne du village de Kab : représentants du clergé musulman
Le Diawerigne Mboul Gallo et Le Diaraf Bount Keur : représentants des Tieddos et des captifs de la Couronne.
Le Conseil était convoqué et présidé par le Diawrigne Mboul Diambour, représentant héréditaire des hommes libres. Les Tieddos étaient composés de
l'ensemble des individus attachés au roi, comme soldats, soit comme courtisans. C'est du moins la signification que ce terme avait gardé à la fin de l'indépendance du Cayor, sous Napoléon III,
avec Faidherbe.
Cette constitution était donc en vigueur jusqu'en 1870.
C'est seulement dans le cas où la branche royale s'est islamisée que l'on a constaté certaines transformations : c'est le cas du Ghana, du Mali, du
Songhaï.
Les sept dynasties cayoriennes n'ont jamais embrasé l'islam. L'un des derniers Damel du Cayor, Latdjor Diop, s'est converti à l'islam, mais plutôt par
diplomatie pour trouver de nouveaux alliés au Saloum auprès du marabout toucouleur Ma Ba Diakhou.
La situation politique au Cayor est intermédiaire entre celles du Mossi (typiquement africaine) et du Songhaï (influence de l'islam). Toutes les charges
politiques au dessous de la royauté sont héréditaires : impossible d'y nommer arbitrairement quelqu'un qui n'y a pas droit de par son appartenance à la caste correspondante.
En ce qui concerne la succession au trône, la situation est différente. A la fin de l'histoire cayorienne, sept dynasties de garmis - ou nobles - étaient
en présence et avaient également droit au trône. Etant toutes d'origines différentes, elles étaient en perpétuelle rivalité. .
Pour Anta Diop, la succession au trône à l'intérieur de chaque dynastie est matrilinéaire. C'est l'existence de plusieurs dynasties parallèles et rivales
qui a introduit maints troubles dans la succession au trône du Cayor.
Les constitutions mossi et cayoriennes reflètent une organisation politique qui devait être en vigueur depuis Ghana, qui a donc, probablement, régi
les Etats africains pendant près de 2000 ans.
Et pour cet homme sans histoire et sans culture, ( j'ai entendu dans un débat
Lellouche dire que nous avions apporté l'écrit à l'Afrique) , quelques éléments en correctifs.
"Mais sans doute Tombouctou atteint son âge d'or sous la bannière de l'Empire Songhaï, et plus precisement sous la dynastie des Askias. Effectivement, l'Askia Mohammed (Mamadou) Touré
arrive au pouvoir en 1493, après avoir detrôné le fils de Sonni Ali Ber. Cet officier militaire d'origine soninké impose une organisation economique, administrative et militaire dont
l'efficacité ne put que difficilement être atteinte par les autres empires de son temps. Il fait son pélérinage à la Mecque en 1495, revient avec le titre de Calife, et decide d'intensifier la
politique de développement intellectuel et scientifique de Tombouctou. Ainsi, au début du 16e siècle, la cité de Tombouctou a plus de 100 000 habitants, dont 25000 étudiants, tous scolarisés dès
l'âge de 7 ans dans l'une des 180 écoles coraniques de la cité. Tombouctou avait donc l'un des taux d'alphabétisation les plus élevés du monde à cette époque.
Le joyau de ce système éducatif était l'Université de Sankoré, une Université ou s'étudiaient la théologie, le droit coranique, la grammaire, les mathématiques, la géographie et la
médecine (les médecins de Tombouctou étant particulièrement réputés pour leurs techniques de chirurgie occulaire dont le traitement de la cataracte par exemple). La splendeur de cette Université
se manifestait alors par des échanges avec les Universités de Fès, de Cordoue, et surtout avec l'Université Al-Azhar du Caire.
C'est aussi ce qui explique pourquoi l'Empereur Kankan Moussa et son vaste empire figuraient sur les meilleures cartes géographiques du14e siècle."
in http://www.grioo.com/info5511.html
J’ai toujours aimé le voyage, parfois l’idée du voyage et plus souvent le voyage intérieur. J’ai parcouru de nombreuses fois les airs marins du festival « Etonnants voyageurs » à Saint Malo. Depuis plus de 10 ans, je lis et parfois relis les livres de Nicolas Bouvier. Je garde en tête cette très belle phrase que bon nombre d’entre vous connaissent et qui donne et redonne une certaine humilité à qui entreprend un voyage quelqu’il soit. « Ce n’est pas toi qui fais le voyage mais c’est le voyage qui te fait » Je n’avais jamais voyagé dans un autre continent, l’Afrique noire m’attirait et m’épouvantait.
Alors, l’imprévisible de la vie et des rencontres a cela de fabuleux : Reine m’a présenté dans la famille p……… : « je voudrais le père et la mère … » qui nous ont parlé du Burkina, qui nous ont parlé de parrainage, qui nous ont parlé de Bidi (et là pendant des heures !!!!) et qui, en fin novembre, nous ont parlé du voyage de février 2009. « Ca ne vous dirait pas de nous accompagner ? »
C’est là que les choses se compliquent car à ce moment là, j’ai le choix de vivre ou non cette expérience au cœur de ce pays, en groupe et dans le cadre d’une mission que l’on nomme humanitaire. Je vous fais grâce des cogitations fort captivantes, au demeurant, pour qui s’intéresse un temps soit peu à la vie psychique de l’être humain. « Et alors pour l’eau on fait comment, mais on mange quoi, moi j’ai le ventre fragile, je vais être malade, et pour dormir …, mais on parle quelle langue ? Je ne vais pas supporter l’intensité de la chaleur et des missions !!! » Bref comme je vous le disais ceci est fort intéressant surtout quand surgissent d’autres questions : mais qu’est ce que je vais faire là bas, je sais que je suis passionnée par les rencontres, par l’humain mais là bas ? De part ma profession, les questions de l’exclusion, de la précarité ont fondé mes choix professionnels mais là bas ? Je donne déjà beaucoup dans mon travail alors que vais-je faire au Burkina ? Vous le voyez ce sont bien des questions, certainement pas les bonnes mais il y avait l’avant voyage, qui me semble un peu faire parti du voyage. Et puis, nous avons rencontré en janvier à Challans la belle équipe des pionniers du Burkina en la présence par ordre d’apparition de Jean François et Françoise, Vincent et Edith sans oublier le contact téléphonique avec Marie Thérèse. Alors là, ça ne rigole pas car j’ai été très marquée par la façon dont ils nous ont parlé du Burkina et de ce futur voyage. « Faites du mieux que vous pouvez, pas de pression, faites- vous plaisir» et alors là chapeau et du respect pour ces personnes qui depuis 20 ans oeuvrent sans relâche. Au moins pour tout ce travail accompli, je me disais qu’il ne fallait pas faire d’impair, essayer d’être au plus juste dans mes relations et ma compréhension de ce peuple et des habitants de Bidi.
Je n’avais jamais voyagé en Afrique noire, ce continent m’attirait et m’épouvantait …. « Ce n’est pas toi qui fais le voyage mais c’est le voyage qui te fait » « L’avion, ce n’est rien à côté de ce qui t’attend après » Après c’est le … VOYAGE …VOYAGE
Ouagadougou : Arrivée à 20h le samedi 7 février 2009
Nous sommes six à nous engager dans cette aventure, chacun avec son histoire, avec ses expériences et ses centres d’intérêts.
Je n’ai jamais fait de plongée sous marine mais j’ai eu le sentiment de vivre trois paliers de décompression, vous savez ceux qui sont nécessaires au corps et à la tête afin de mieux supporter la pression de l’eau. Arrivée sur le tarmac 35°, départ de Paris 0°. La chaleur, jolie compagne qui ne nous quittera plus, une chaleur sèche. Comme les oignons, nous enlevons nos couches successives de vêtements. Nous récupérons les bagages et les colis. Le policier nous arrête au contrôle « presque » comme dans le film « Midnight express », il nous demande ce que nous transportons, nous lui expliquons que ce sont des médicaments, pour lui confirmer cela, nous lui présentons la liste des médicaments présents dans chacun des colis (merci Edith) . Il ne veut rien savoir, il demande que soit malgré tout ouvert le colis. Il faut trouver un couteau pour cela. Il cherche dans sa sacoche, il ramène ce qui fut certainement une paire de ciseaux, qui n’est plus qu’une branche à ciseaux aux bouts cassés. Sous mon masque impassible, j’éclate de rire et je me dis voilà comment commence ma rencontre avec l’Afrique… Ca a été une paire de ciseaux et de ce qu’il en reste, il en fait un autre usage. Et je me pense, ils vont nous les garder les médocs, et non le chef a appelé un autre chef qui a donné son accord pour que nous les reprenions. Bon, comment refermer le colis sans collant, ni ficelle. Et bien la démerde !!!!! Apprendre l’Afrique, sans stéréotypes, en se sentant à sa place, dans une certaine justesse.
Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. Très peu de goudron et ces travées, ces rues en latérite rouge, cette terre qui colore très bien mon tee-shirt blanc en 2 heures. Les premiers temps, j’avais le sentiment d’être dans un film, non, plutôt de regarder un film. Donc d’être extérieure à ce qui se passait, c’était vraiment incroyable, très déconcertant, besoin de me défendre, de me tenir en quelque sorte à l’écart. Le mode de vie, le bruit, la poussière, la densité des véhicules, la pauvreté, la mendicité, les enfants de l’école coranique, les vendeurs de cartes téléphone, les vendeurs de bracelets et tout acte d’achat qui semble nécessaire à ces personnes pour se nourrir, pour vivre ou survivre…. Se nourrir, la belle évidence pour nous. La capitale , tout est à vendre dans la rue : les beignets, les bananes, les frigos, les lits, le salon, le poulet télévisé ; le lieu de vie, c’est la rue, les élevages de chèvres à deux pas de la maison où nous étions hébergés, les poules et poulets en liberté devant les cases ; des enfants qui jouent au foot avec un poulet qu’ils essaient d’attraper comme le goal avec son ballon. Ouagadougou, la capitale.
Je n’ai pas connu le Moyen-Âge mais j’ai l’impression d’être passée dans une machine à remonter le temps. C’est ce sentiment d’être projetée dans une autre époque. Le rapport au temps a été pour moi très perturbant. Le temps, l’époque dans laquelle vivent les Burkinabés et nous, avec notre « modernisme », nos objets de consommation, et notre bling bling…
Le temps, être au présent par nécessité car aucune projection n’est possible dans de telles situations d’urgence, nous et notre rapport incessant au futur au, presque jamais être là au présent …. Leur façon machinale, instinctive, innée de répondre à nos questions par « Y’a pas de problèmes ». Effectivement, est-ce que tout est possible en se plaçant du côté de la croyance, ou est ce que toute difficulté est déniée car dans de telles situations où situer l’urgence ?
« L’Afrique m’attirait et m’épouvantait …. » « Ce n’est pas toi qui fais le voyage, c’est le voyage qui te fait… » et te défait…
Ouahigouya : Arrivée en voiture avec Pascal (notre chauffeur) mardi pour le repas au six S (fort délicieux). Petit oasis, verdure et un peu de fraîcheur avec moins de bruit, de pollution et une rotonde pour se retrouver, rassembler un peu les sensations éparses…
Des baobabs, des paillotes, la savane arbustive, des enfants, à l’école ou dans la rue.. .
Une rencontre avec l’équivalent d’un inspecteur chargé d’appliquer et de suivre le plan gouvernemental d’alphabétisation. Dans son bureau, où ils sont quatre à y travailler, bureaux cassés en bois, armoire métallique qui ne ferme plus, la porte ouverte sur la rue, des vendeurs de cartes téléphone viennent pendant notre réunion, une femme vient vendre des carottes, l’adjointe lui en achète. Y a t’il un dedans et un dehors dans ce mode de vie ?
Koumbri : les filleuls, les parrains, l’école ouverte sur la savane. Les femmes et leur démarche très lente, régulière, avec cette manière de tout porter sur la tête qui leur donne une attitude si élégante, si raffinée, si précieuse, si animale. Mon regard ne cesse d’être attiré par elles, elle me fascinent, m’aimantent. Elles sont belles, inondées de couleurs, sur la peau, par les tissus qu’elles portent, par les objets qu’elles transportent. La lumière est particulière au Burkina Faso, je ne sais si c’est dû à la saison, au climat ou à la géographie ? Je n’ai pas vu de ciel bleu, il fait très chaud sous un ciel qui reste poussiéreux.
Sous la rotonde où l’on rencontre le directeur du collège autour d’un verre, un homme très peu vêtu plutôt délirant, rode autour de chacun de nous, il exerce des gestes très répétitifs, scande des phrases , se couche sur la terre et cela dans l’ ère de rencontre . Quelle place pour ces exclus, ces hommes déconnectés du réel ?
Bidi : arrivée jeudi après midi, après un temps de trajet en voiture uniquement sur piste, la poussière, la chaleur, des paysages superbes, des baobabs, des manguiers, des nimes… Des Zébus, des dromadaires… des vieillards qui gardent sous un arbre des troupeaux de chèvres ou encore de ….zébus, ou encore de chèvres. Au fait, le zébus a t’il une femelle, une épouse, bref un correspondant du sexe féminin, et donne t’elle du lait ? Mais alors combien de litres par jour ?
Après une rencontre à la chefferie, nous arrivons à la maison du major. « Ah d’accord, là c’est le logement du major » (traduisez de l’infirmier du village) « Ah, d’accord, c’est là que nous sommes accueillis et hébergés !» « Mais les trous dans le mur et dans le plafond qui ne tient d’ailleurs presque plus. On voit les tôles, les bêtes peuvent rentrer, oh encore d’autres trous, je vois le ciel, les margouyas peuvent passer par là ! Et là les termites qui rentrent par le mur et le sol. Tout est « termité », je veux renter chez moi !!! » Bon, tu es là et c’est unique, et c’est à vivre, à vivre. J’avais soudainement honte devant Idrissa qui vit ici tous les jours et qui se sent bien !! » Idrissa avec sa chaleur humaine, son humour, son énergie, son sens de l’autre, quelle humanité , quelle leçon !
« Bon installons la termitière, non la moustiquaire, oh je m’y perds, de quoi doit-on se protéger encore, de l’eau, des moustiques, des termites et M…….. » E t là je ne peux plus me protéger de ce que je vois, de ce que je respire, des odeurs, de ce que je vis.. Ils sont peut être 2, 3, 4 (je ne vois plus) car il fait nuit et mon esprit s’embrouille, à nous aider à installer avec des bouts de bois de fortune des armatures à moustiquaire.
Je me déplace en lampe torche, je porte la lumière, je ne sais plus si c’est elle qui me porte d’ailleurs. Usée de fatigue, je ne me sens pas très éclairée ce soir…
Au réveil, un spectacle de sensations au lever du soleil, « sur la terrasse ». La malle de l’association fait office de table basse où nous prenons nos repas. La lumière est fine, elle donne des couleurs mordorées à la nature ; tout est grillé, tout est or, ocre, rouge tout est paisible. J’ai très mal dormi, mais je voulais connaître tous les bruits de la nuit, de la faune, de la vie de ce peuple. Un bol de thé brûlant tente de me réveiller, je me lève pour mettre mes lunettes et ou est ce que je les ai mises ? Vous imaginez qu’il n’y a naturellemnt pas d’étagères ou ranger ses vêtements, ses petites affaires, quoi, sa trousse de toilette ! Bref ….. Je les retrouve enfin et je reste bouche bée, un zébus, oui je sais, je fais une fixation, passe à deux pas de nous, élégant, fondu dans les couleurs de la savane. Puis soudain et ainsi tous les matins qui suivirent, nous avons eu une visite rituelle, illimitée : d’enfants, de femmes, de vieillards, d’hommes, qui nous apportaient soit un cadeau de bienvenue ? D’encouragement ? Pour revenir en troisième semaine ? Pour que leur enfant soit parrainé ? Pour avoir un micro crédit ? De remerciement pour les danses du dimanche ? De partage, de communion, de rencontre, d’échanges de chants, de danses, de savoir faire. Et là j’apprenais d’eux, j’en prenais plein les yeux, le corps, la tête… ; J’apprenais encore, je regardais, je me laissais faire, le voyage me faisait, me défaisait et me faisait bien différente. En même temps, je ne ressentais pas d’angélisme, pas de paranoïa… Chacun donnant ce qu’il pouvait dans ces moments là…. Quel dommage de ne pas parler un temps soit peu leur langue, le Mooré ; Parler à ses Mossis en Mooré… Après les danses et avant notre départ, l’une d’entre elles, très vive dans son regard, très chaleureuse dans ses gestes, à essayer de communiquer avec nous et de retenir nos prénoms : Miii-cel, Rai…-ne, Fran-çois, et Bir-gite….Quel pas je fais vers toi pour te connaître ?…
J’essaie de retenir enfin le dernier chant-danse que nous avons partagé ensemble « Mamouna cheri, mamouna…. »Je l’ai gardé en tête, je ne l’oublie pas.
Ouahigouya : Retour de Bidi. Re-oasis avec immédiatement un coca frais et aussitôt une douche avec des fringues propres et non raides de sueur de 4 jours. Je sais, c’est trivial après mes commentaires précédents mais c’était un désir très fort. Encore des rencontres avec des filleuls, Kader et le souvenir des habitants de Bidi et d’Idrissa.
Dès le lendemain matin, le bus de la STBM pour la capitale : départ à 9 heures. La piste, le retour, le tuyau du radiateur qui fuit devant moi dans le bus et déjà, une légère habitude de l’Afrique, je n’ai plus peur ! Cette eau se déverse dans les escaliers du bus mais « Y’a pas de problèmes ! »
Ouagadougou : Halte à l’auberge des manguiers tenue par un Burkinabé.
La chambre dite climatisée est en panne de clim… Heureusement, le ventilo marche mais avec un bruit d’avion à réaction, même avec les boules Quiès, il est difficile de ne pas s’imaginer franchissant le mur du son avec le sentiment d’être éjectée du cockpit car le ventilo ne fonctionne pas à la vitesse N°1. Bref, ce sera sans rien pour la nuit, avec le carreau cassé de la fenêtre. « Y’a pas de problèmes » La capitale, des histoires de bogolan, des couleurs de terre, des couleurs végétales, des histoires sur le rituel d’utilisation des masques africains, les masques du soleil, les masques sénoufo
Paris-Orly : il fait froid entre 2 et 5 °. C’est brutal pour moi, j’aimais cette sensation de chaleur. Je ne comprends pas plus ce qu’il m’arrive là. Je ressens l’urgence d’avoir du temps pour laisser les mots m’envahir, me libérer de mes émotions. Pendant notre périple, je n’ai jamais trouvé de temps pour écrire, c’eut été salvateur pour moi. J’ai besoin de temps, de temps, de temps, pour comprendre ce que j’ai vécu, avec qui je l’ai vécu, et pour quoi et pourquoi, je l’ai vécu. J’ai beaucoup de mal à m’imaginer retravaillant aussi vite sans espace entre hier et aujourd’hui, sans espace entre mes émotions africaines et mes sensations européennes.
« L’Afrique m’attirait et m’épouvantait » « Ce n’est pas toi qui fais le voyage c’est le voyage qui te fait. »
Brigitte
Le 28 février 2009